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 français   Dernière modification le: 11/05/17 - Crée le: 10/05/17


Cancer et Mat

par Julien Champagne

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Différentes stratégies existent pour jouer aux échecs et vaincre son adversaire. Aujourd'hui, ces stratégies inspirent de nouvelles tactiques afin d'éradiquer le cancer du sein.

En 2017, le cancer du sein touche 1 femme sur 7 dans le monde et représente la première cause de mortalité chez la femme de 35 à 65 ans[1]. Face à ce constat, de nombreux traitements ont été développés afin de traiter cette pathologie. Aujourd'hui, avec fortunes diverses, l'arsenal thérapeutique ne permet pas d'aider toutes les femmes à surmonter cette pathologie.

Chimiothérapies classiques

Le cancer du sein était considéré depuis des décennies comme une maladie du cycle cellulaire. Autrement dit, une multiplication incontrôlée des cellules permettant la formation de la tumeur proprement dite[2]. Mais une autre caractéristique des cellules cancéreuses est leur résistance à toute épreuve à surmonter les différents traitements et à survivre malgré un environnement délétère.

De fait, 2 stratégies thérapeutiques s'offrent aux cliniciens: empêcher les cellules cancéreuses de se diviser ou induire la mort cellulaire de ces cellules. L'idéal est donc de trouver le lien qui unit division et mort cellulaire.

Le cancer : un échiquier géant

Pour trouver ce lien, cette cible thérapeutique, le cancer du sein, peut-être comparé à un jeu d'échec. Tout comme aux échecs, le but premier de la cellule cancéreuse est de protéger sa pièce maîtresse, son roi, c'est-à-dire sa survie. Pour ce faire, la cellule cancéreuse utilise diverses stratégies dignes de celles de Gary Kasparov, champion du monde des échecs, pour se protéger et survivre dans un environnement délétère. Définir une nouvelle stratégie qui permet de mettre à mal cette adversaire, le faire vaciller et le battre apparaît donc nécessaire. Afin d'anticiper les faits et gestes de cet adversaire, analyser son jeu permettra d'anticiper ses actions. Le jeu de la cellule cancéreuse est composé de différentes pièces. Ces pièces représentent des molécules nécessaires au bon fonctionnement de la cellule cancéreuse.

Dans un premier temps, les pions. Ceux-ci constituent la première ligne de défense du roi en cas d’attaque. Mais en plus de ce rôle, les pions permettent à la cellule cancéreuse d’avancer dans le jeu, c'est-à-dire se diviser de manière non contrôlée. En clinique, certains traitements permettent d’éliminer ces pions[3]. Mais comme aux échecs, si l’un des pions échappe au traitement, la cellule cancéreuse n’en sera que plus résistante.

Dans le cas où tous les pions sont anéantis par un traitement, la cellule cancéreuse dispose d'un second bouclier qui permet de protéger son roi. Ce second bouclier est constitué de la tour, du fou et du cavalier. Ces 3 pièces constituent une garde rapprochée du roi en toute circonstance. De nouveau en clinique, certaines chimiothérapies permettent d’éliminer ces pièces. Malheureusement pour de trop nombreuses patientes, ces traitements sont peu efficaces, voir inefficaces. Il apparaît donc essentiel de comprendre pourquoi, et surtout de trouver une alternative pour aider ces femmes atteinte d'un cancer du sein. Si elles sont résistantes au traitement, cela est dû à la présence d’une pièce unique, la pièce maîtresse pour protéger le roi comme aux échecs c'est-à-dire la reine.

Le roi a toujours besoin de sa reine

Mais quel est donc la reine de ces cellules cancéreuses? Une des candidats mis en évidence récemment s'appelle la Cycline D1. Cette molécule à la base était connue pour permettre la division des cellules cancéreuses[4]. Cette première caractéristique la classerait donc au rang de pions. Mais, dans une dernière étude, cette molécule a été montrée comme nécessaire pour la survie des cellules cancéreuses, car si elle était enlevée les cellules cancéreuses mourraient. Une stratégie thérapeutique, compatible avec la clinique et donc directement applicable à l'Homme, est appelée interférence ARN[5]. Cette stratégie permet d'éteindre spécifiquement l'expression d'une molécule. Ainsi, l'extinction de la Cycline D1 permet d'agir sur 2 leviers : arrêter la division des cellules cancéreuses d'une part, et induire la mort des cellules cancéreuses d'autre part.

Dans un modèle murin qui développe des tumeurs de la glande mammaire, l'application de ce traitement a conduit à une diminution drastique de la taille de la tumeur et ce, en seulement quelques jours de traitement. Cette expérience permet donc de démontrer l'efficacité du traitement mais surtout d'ouvrir une nouvelle opportunité clinique pour les patientes atteintes d'un cancer du sein. Cette stratégie thérapeutique permet ainsi, en 3 jours seulement, de mettre le cancer en échec et d'espérer dans un futur proche le mettre échec et mat.

A l'heure de l'intelligence artificielle, du développement de la robotique et des parties d'échec entre un ordinateur et joueur professionnel, la créativité humaine reste la solution essentielle pour développer des stratégies innovantes et repousser peu à peu le cancer dans ses derniers retranchements.

Pour aller plus loin

  1. Siegel, R. L., Miller, K. D. & Jemal, A. Cancer statistics, 2016. CA. Cancer J. Clin. 66, 7–30 (2016).
  2. Tomasetti, C. & Vogelstein, B. Variation in cancer risk among tissues can be explained by the number of stem cell divisions. Science 347, 78–81 (2015)
  3. Dickson, M. A. Molecular Pathways: CDK4 Inhibitors for Cancer Therapy. Clin. Cancer Res. 20, 3379–3383 (2014)
  4. Otto, T. & Sicinski, P. Cell cycle proteins as promising targets in cancer therapy. Nat. Rev. Cancer 17, 93–115 (2017)
  5. Kole, R., Krainer, A. R. & Altman, S. RNA therapeutics: beyond RNA interference and antisense oligonucleotides. Nat. Rev. Drug Discov. 11, 125–140 (2012).