Contributeurs: R3d d33r, Vincent Bonhomme

 français   Dernière modification le: 25/04/17 - Crée le: 08/03/15


Changement climatique et dialogue des disciplines scientifiques

par R3d d33r

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Contributeurs : R3d d33r, Vincent Bonhomme · Éditeur : ?no_editor
Date création : 08 mars 2015 · Date révision : ?date_rev · Version révision : ?id_rev
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Les rapports successifs du Groupement Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) sont clairs: les émissions de gaz à effet de serre par l'Homme sont en grande partie responsables de l'élévation moyenne de la température du globe (ref). Toute considération politique mise à part, il faut désormais mettre en œuvre des stratégies d'adaptation globale, régionale et locale. Plus généralement, les disciplines scientifiques doivent interagir pour mieux documenter et confronter l'arsenal méthodologique utilisé pour l'étude d'un sujet. En particulier, un sujet aussi vaste et bouillant que le changement climatique, les moyens pour en limiter ses conséquences, et faire face aux vulnérabilités locales mettent désormais les "scientifiques" et les "littéraires" sur un pied d'égalité. Mais comment aller au delà de cette distinction? Après tout, on parle bien de "littérature scientifique"!

Cet article se veut un retour d'expérience sur une problématique assez précise: l'élevage semi-nomade de rennes dans le nord de la Scandinavie (Laponie). Cet élevage est dit "traditionnel" dans la mesure où celui-ci a un fort ancrage historique dans la région (ref). Les "Lapons" ou "Sàmis" ou "Sâmes" représentent une population minoritaire de Norvège, Suède, Finlande et Russie. Cette minorité démographique est également linguistique: si au quotidien ceux-ci s'expriment dans la langue officielle de leur pays, il en est tout autrement en privé, où le dialecte sàmi prévaut. Un peu comme le catalan, le basque, ou le breton, il s'agit bel et bien d'un patrimoine linguistique européen.

Ce patrimoine linguistique est riche de mots, ou d'expressions idiomatiques très fortement liés à l'élevage semi-nomade de rennes (ref). Cet élevage implique des migrations sur des centaines de kilomètres, entre des pâturages d'hiver et des pâturages d'été. Autant vous le dire tout de suite: du point de vue anthropologique, la culture saamie autour du renne et son environnement est aussi riche que la culture bédouine autour du chameau! Ce qui nous intéresse tout particulièrement, car la variabilité du climat lapon fait face depuis quelques années à des changements structurels qui affectent la pérennité de l'élevage de rennes. De plus, un cercle vicieux s'installe insidieusement: plus le climat lapon se réchauffe plus les activités humaines s'intensifient: le dégel laisse découvrir de nombreuses ressources minières, pétrolières, gazières. Le bois de nos meubles Ikéa vient probablement de forets de résineux dont la pousse intensive réclame des traitements incompatibles avec l'élevage de rennes (coupes à blanc, rangs d'arbres serrés...). Face à cette fragmentation des paysages lapons et ses conséquences écologiques, les fourrages naturels dont les rennes ont besoin disparaissent au profit d'intrants importés, comme du foin, quand les éleveurs peuvent se permettre de l'acheter, et quand la botte n'a pas gelé sur place!

Mais comment proposer la modélisation prédictive de paramètres climatiques et environnementaux spécifiques à une activité économique (à fort enjeu patrimonial et politique)?

Différents champs sémantiques (ref/wiki) et terminologies (des mots) sont utilisés pour décrire et qualifier les traits physiques d'un renne (santé, bois, robe, pelage, etc), la réponse d'un troupeau à un aléa climatique, environnemental (moustiques, évitement de routes, etc), ou encore l'état des pâtures hivernales et estivales. Au croisement entre le qualitatif et le quantitatif, la compréhension linguistique et anthropologique des systèmes pastoraux lapons sont cruciaux pour être le moins éloigné possible des problématiques vécues de longue date par les éleveurs partis transhumer avec leurs rennes.