Contributeurs: Liora, Antoine Colmet-Daage, Vincent Bonhomme, Rosanna Mary

 français   Dernière modification le: 22/05/17 - Crée le: 10/05/17



Les araignées : « super-héroïnes » de nos champs

par Rosanna Mary

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Contributeurs : Antoine Colmet-Daage, Liora, Rosanna Mary, Vincent Bonhomme · Éditeur : Vincent Bonhomme (d · c · b)
Date création : 10 mai 2017 · Date révision : ?date_rev · Version révision : ?id_rev
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Les araignées... Huit longues pattes, un corps velu, des yeux plein la tête... Bref, pas franchement l’animal le plus mignon sur Terre ! Et pourtant, malgré leur physique peu attrayant, ces petites bestioles sont d’un grand intérêt pour la mise au point d'insecticides plus raisonnables et sélectifs.

Depuis toujours, les insectes pollinisateurs jouent un rôle crucial dans notre société. En Europe par exemple, plus de 85% de toutes les espèces végétales cultivées dépendent directement des insectes pollinisateurs. Les abeilles, classe primordiale dans cette pollinisation, sont essentielles pour les cultures et la flore sauvage dans le monde. Or, depuis le début du XXIème siècle, le taux de mortalité des colonies d’abeilles ne cesse d’augmenter, et ceci de façon drastique, amenant aujourd'hui à une mortalité de plus de 50% des colonies. On parle ici du Syndrome d'effondrement des colonies ou CCD (pour « Colony Collapse Disorder »).

Plusieurs causes peuvent expliquer cette mortalité : les maladies et parasites, la pollution, la perte d'habitat ou encore la diminution des denrées alimentaires, mais il a été montré que la mortalité des colonies d’abeilles était majoritairement due à la pulvérisation intensive d’insecticides. Il faut en effet savoir que les insecticides actuels, utilisés sur les cultures afin d’éradiquer les insectes nuisibles, contiennent diverses classes de molécules chimiques appelées néonicotinoïdes ou encore pyréthrinoïdes. Ces dangereuses molécules sont non-sélectives donc touchent à la fois les insectes nuisibles et les insectes pollinisateurs. Celles-ci agissent directement sur les fonctions vitales de l’insecte par modulation des canaux ioniques, engendrant par exemple chez l’abeille, un effondrement des colonies . En effet, ces molécules chimiques affectent spécifiquement les divers canaux ioniques impliqués dans la neurobiologie des insectes, pollinisateurs ou nuisibles [1] [2] [3].

D’ailleurs, au 1er septembre 2018, l’utilisation des néonicotinoïdes sera interdite dans la conception d’insecticides.

D’où l’intérêt et le besoin imminent de découvrir de nouvelles molécules !!

Du venin pour la survie des abeilles

Araignée Thomisus onustus en chasse

Et bien savez-vous que les araignées pourraient être les sauveuses de nos abeilles ? Un peu le « James Bond » de nos champs et de nos cultures… Et bien oui !! Car celles-ci représentent les plus grands prédateurs d’insectes dans le monde, avec un appétit vorace, et leur venin contient des centaines de toxines à la fois sélectives et spécifiques du système nerveux de leurs proies. En effet, ces toxines montrent une forte affinité pour leurs cibles : les canaux ioniques [4].

Le but de cette thèse consiste donc à sélectionner et mettre en évidence les toxines issues de venin d’araignées, qui cibleront de façon spécifique les insectes nuisibles, sans toucher les autres insectes comme les insectes pollinisateurs. Pour cela, il est nécessaire d'enfiler casquettes, baskets et sac-à-dos pour partir arpenter les champs à la recherche de ces fameuses araignées mangeuses d’insectes ! De retour au labo, les nouvelles arrivantes sont nourries durant quelques mois avant d'extraire sous microscope les quelques microlitres de venin contenus dans leurs crochets. L’activité de ces venins est alors directement testée sur le système nerveux des insectes pollinisateurs et des insectes nuisibles, afin de distinguer les toxines ciblant uniquement les insectes nuisibles. Les toxines mises en évidence permettront la conception d’insecticides plus sélectifs et plus « éco-responsables » car biodégradables dans l’environnement.

En définitif, les araignées semblent être une réelle solution à la fois écologique et environnementale puisque leur venin serait une source de molécules naturelles et ciblant les insectes nuisibles [5].

Alors ces araignées ? Mignonnes ou pas mignonnes ?


Pour aller plus loin

  1. Charreton, M. (2015). A Locomotor Deficit Induced by Sublethal Doses of Pyrethroid and Neonicotinoid Insecticides in the Honeybee Apis mellifera. PLOS One.
  2. Gosselin-Badaroudine, P. (2015). Characterization of the honeybee AmNaV1 channel and tools to assess the toxicity of insecticides. Scientific RepoRts | 5:12475.
  3. Kadale, A. (2014). Pyrethroids Differentially Alter Voltage-Gated Sodium Channels from the Honeybee Central Olfactory Neurons. PLOS One.
  4. Osteen, J. (2015). Selective spider toxins reveal a role for Nav1.1 channel in mechanical pain. Nature.
  5. Pedroso, A. (2016). Adaptive evolution in the toxicity of a spider's venom enzymes. BMC Evolutionary Biology (2016) 16:58.