Contributeurs: Vincent Bonhomme, VincentC, Arthur Escalas

 français   Dernière modification le: 02/10/17 - Crée le: 31/03/17


L’électricité peut-elle soigner l’AVC ?

par VincentC

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Contributeurs : Arthur Escalas, Vincent Bonhomme, VincentC · Éditeur : Vincent Bonhomme (d · c · b)
Création : 31 mars 2017 · Révision : 25 avril 2017 · Rev0 → Revactuel
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Le constat est lourd : l’accident vasculaire cérébral (AVC) est la première cause de handicap physique acquise chez l’adulte. L'AVC est un problème de santé majeur avec un individu sur 200 atteint chaque année dans les pays développés. Il n’existe cependant aucun traitement efficace hormis la réhabilitation par kinésithérapie ou l’activité physique, qui tentent d’en diminuer les conséquences [1]. On en entend beaucoup parler, que ce soit au journal télévisé ou par Michel Cymès dans le Magazine de la santé, mais que sait-on réellement de l’AVC, quelles en sont les répercussions et comment peut-on y remédier ?

AVC : quézako ?

Scanner cérébral montrant un accident vasculaire cérébral ischémique de l'hémisphère droit (partie sombre à gauche de l'image) - depuis Wikipédia [fr]

Au sens large, l'accident vasculaire cérébral (AVC plus loin) c’est un défaut d’irrigation sanguine d’une partie des tissus du cerveau. La notion d’accident caractérise le caractère soudain du phénomène qui peut être de deux natures : ischémique, lorsqu’un vaisseau est bouché, ou hémorragique lorsqu’un vaisseau se déchire et que le sang ne s’écoule plus vers les tissus en question. Or, l’absence d’irrigation des cellules implique que le sang ne remplit plus son rôle d’apporter les nutriments nécessaires à leur fonctionnement donc ces cellules meurent petit à petit.

Dans le cas d’un AVC survenant au niveau des structures impliquant la parole, un défaut de compréhension ou d’élocution peut apparaitre, respectivement les aphasies de Wernicke et de Broca [2]. Des troubles moteurs seront observés dans le cas où c'est la partie du cerveau qui commande le mouvement qui est touchée.

Mais en réalité le mécanisme est un peu plus compliqué que cela lorsque l'on s’intéresse aux troubles moteurs issus de l’accident vasculaire cérébral. Il faut prendre du recul et s’intéresser au fonctionnement du cerveau dans son ensemble.

Celui-ci est composé de deux hémisphères qui luttent dans une sorte de compétition, mais qui s’équilibrent mutuellement quand tout va bien [3]. On imagine alors aisément que si l’un des deux hémisphères vient à être touché, l’équilibre se rompt - on parle habituellement de balance - en faveur de l’hémisphère sain et en défaveur de l’hémisphère lésé [4]. La rupture de cette balance est donc centrale car provoque une altération des interactions entre les hémisphères, absolument nécessaire au bon fonctionnement du cerveau. On peut alors se demander si chercher à rééquilibrer cette balance ne pourrait pas résoudre ou tout du moins limiter le problème [5]. Cela impliquerait de pouvoir moduler l’activité du cerveau pour favoriser le côté lésé, ou en prenant le problème dans l’autre sens, défavoriser le côté lésé ne serait-ce pas le côté non lésé dans la deuxième partie de la phrase ?.

Neuromodulation : le grille pain cortical à des fins de réhabilitation

Triturer l’activité des neurones directement au sein du cerveau vivant à des fins de réhabilitation est une préoccupation actuelle de nombreux groupes de recherche grâce à des méthodes de neuromodulation dites non-invasives, c'est à dire sans intervention chirurgicale. La méthode la plus plébiscitée actuellement en recherche est la stimulation transcrânienne à courant direct (ou continu) (abrégée en tDCS), qui permet d’influer sur l’activité des neurones en leur appliquant un champ électrique [6]. L'idée est simple et emploie deux électrodes : une première placée sur la zone que l’on cherche à moduler et l’autre sur une zone neutre telle que l’épaule ou le front. Le courant de faible intensité (de l’ordre de 1 ou 2 mA, soit tout juste le seuil de perception, issu d’un appareil s’apparentant à une simple batterie moyennant quelques principes de sécurité) qui va circuler entre ces électrodes va passer au travers des structures cérébrales et en moduler l’activité.

Le courant sortant de l’électrode positive, la cathode, permet de diminuer l’activité tandis que le courant entrant dans l’électrode négative, l'anode, provoque l’effet inverse [7]. On peut alors renforcer l’activité de certaines zones en y plaçant l’anode ou au contraire en diminuer l’activité en y apposant la cathode et en plaçant l’autre électrode sur une zone neutre. Mieux encore, il est possible dans le cas de l’AVC, de placer une électrode sur chaque hémisphère pour en maximiser les effets : renforcer le côté sain tout en défavorisant le côté lésé Ici encore le texte suggère l'inverse de la figure. Des études récentes [8][9] font état d’améliorations tant sur le plan neurologique que sur le plan fonctionnel (répercussions observables) suite à l’application de cette méthode.


La neuromodulation permet de contrebalancer les effets de l'AVC


La tDCS, sans être une solution miracle, provoque des effets qui ne durent que quelques heures [10] et ne seraient pour l’heure qu’un potentiel complément à la réhabilitation. Combiner la réhabilitation classique et la tDCS dans un même protocole ou encore répéter les sessions de stimulation sont autant de pistes qui sont explorées à l’heure actuelle par la recherche. Gardons à l'esprit que la tDCS reste un outil toujours en développement et cantonné au monde de la recherche car souffrant de défauts ne rendant pas encore possible son utilisation en clinique [11]. Mais une fois dépassés ces verrous, de nouvelles voies de réhabilitation simples, efficaces et peu coûteuses pourraient bien voir le jour.

Pour aller plus loin

  1. Cauraugh, J. H. and J. J. Summers (2005). Neural plasticity and bilateral movements: A rehabilitation approach for chronic stroke. Prog Neurobiol 75(5): 309-320.
  2. Baker, J. M., et al. (2010). Using transcranial direct-current stimulation to treat stroke patients with aphasia. Stroke 41(6): 1229-1236.
  3. Ferbert, A., et al. (1992). Interhemispheric inhibition of the human motor cortex. Journal of Physiology 453: 525-546.
  4. Nowak, D. A., et al. (2009). Interhemispheric Competition After Stroke? Brain Stimulation to Enhance Recovery of Function of the Affected Hand. Neurorehabil Neural Repair 23(7).
  5. Schlaug, G., et al. (2008). "Transcranial direct current stimulation in stroke recovery. Arch Neurol 65(12): 1571-1576.
  6. Nitsche, M. A., et al. (2008). Transcranial direct current stimulation: State of the art 2008. Brain Stimul 1(3): 206-223.
  7. Nitsche, M. A. and W. Paulus (2000). Excitability changes induced in the human motor cortex by weak transcranial direct current stimulation. Journal of Physiology 527(3): 633-639.
  8. Boggio, P. S., et al. (2007). Repeated sessions of noninvasive brain DC stimulation is associated with motor function improvement in stroke patients. Restorative Neurology and Neuroscience 25: 123-129.
  9. Di Lazzaro, V., et al. (2014). Immediate and late modulation of interhemipheric imbalance with bilateral transcranial direct current stimulation in acute stroke. Brain Stimul 7(6): 841-848.
  10. Nitsche, M. A., et al. (2007). Shaping the effects of transcranial direct current stimulation of the human motor cortex. J Neurophysiol 97(4): 3109-3117.
  11. Wiethoff, S., et al. (2014). Variability in response to transcranial direct current stimulation of the motor cortex. Brain Stimul 7(3): 468-475.