Contributeurs: Vincent Bonhomme, Chloé Pruvost, Camille JACQUELINE

 français   Dernière modification le: 02/10/17 - Crée le: 10/05/17


Parasites et cancer : de docteur Jekill à mister Hide

par Camille JACQUELINE

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Contributeurs : Camille JACQUELINE, Chloé Pruvost, Vincent Bonhomme · Éditeur : Vincent Bonhomme (d · c · b)
Création : 10 mai 2017 · Révision : 2 octobre 2017 · Rev0 → Revactuel
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Le cancer étant la deuxième cause de mortalité dans le monde, il n'a plus besoin de présentation. Mais les parasites, c'est à dire les virus, les bactéries et les vers intestinaux qui nous rendent malades, sont moins souvent sous les feux de la rampe. Pourtant, ils représentent la stratégie de vie la plus courante dans la nature. Les parasites sont des organismes qui vivent en nous et absorbent nos ressources.

Au début du XXe siècle, le docteur Coley[1] a observé des guérisons de patients cancéreux suite à des infections bactériennes de la peau. Les médecins de l'époque ont eu un peu de mal avec l’idée d’infecter des patients en phase terminale avec des bactéries vivantes et les expériences de Coley sont tombés dans l’oubli. Cent ans plus tard, le Dr Zur Hausen, un chercheur allemand, a été distingué du prix Nobel pour sa découverte d’un parasite provoquant directement le cancer de l’utérus[2].

Comment expliquer le lien entre cancer et parasite ?

En résumé, l’histoire de Coley montre qu’un parasite pourrait protéger du cancer alors qu'aujourd’hui des dizaines et des dizaines de parasites provoquant le cancer sont connus. Depuis, les spécialistes du cancer essayent de résoudre ce paradoxe, en partant de l'hypothèse que les parasites rencontrés au cours de la vie pourraient modifier notre risque de développer un cancer[3].

De manière générale le système immunitaire est un bon docteur Jekyll. Or, un parasite trop coriace sert parfois de potion de transformation en Mister Hyde. Ce dernier s’attaque alors un peu à toutes les cellules, c’est ce qu’on appelle l’inflammation, et les cellules endommagées peuvent devenir cancéreuses. La bonne nouvelle, c’est que d’autres parasites sont capables d'agir comme antidote et réveillent le docteur Jekyll, destructeur de cellules cancéreuses.

Des larves à la rescousse

Les larves de mouches se sont révélées être un très bon allié pour tester l'hypothèse des chercheurs. En effet, la moitié des gènes à l'origine des maladies dégénératives, cancer y compris, sont aussi présents chez la mouche. Il est possible, également, de modifier génétiquement les mouches pour avoir des tumeurs du cerveau. Suite à des infections avec plusieurs parasites, la taille de leurs tumeurs est mesurée et l'état du système immunitaire est vérifié. Les résultats préliminaires de cette étude montrent que les bactéries diminuent la taille de la tumeur en réveillant le système immunitaire.

Les scientifiques travaillent sur des mouches ayant un cancer du cerveau.

L'intérêt de cette approche réside dans la découverte de nouvelles applications thérapeutiques. L'identification des parasites qui protègent contre le cancer pourraient permettre l'élaboration de thérapies utilisant des parasites atténués ou mimant leurs effets. A l’inverse, l'amélioration de nos connaissances sur les parasites qui déclenchent des cancers pourraient s'accompagner de la mise en place de mesures préventives tels que les vaccins.

Ainsi, une nouvelle vision de la santé s’impose, où le monde des infections et celui du cancer sont intimement connectés, bien plus que ce qui avait été supposé jusqu’alors.

Pour aller plus loin

  1. Coley W. (1909). The Treatment of Inoperable Sarcoma by Bacterial Toxins (the Mixed Toxins of the Streptococcus erysipelas and the Bacillus prodigiosus).
  2. zur Hausen H. (2002) Papillomaviruses and cancer : from basic to clinical application. Nat Rev Cancer, 2(5):342-50.
  3. Jacqueline, C., Tasiemski, A, Sorci, G., Ujvari, B., Maachi, F., Missé, D., Renaud, F., Ewald, P.W., Thomas, F., Roche, B. (2017) Infections and cancer: the "fifty shades of immunity" hypothesis. BMC Cancer (in press).